Les ASE proposent de lever l’exigence de marge initiale pour les contreparties de moins de €8 milliards sur tous les contrats OTC non compensés
L’Autorité bancaire européenne, l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles et l’Autorité européenne des marchés financiers ont publié un rapport final proposant d’étendre l’exemption de marge initiale aux contrats dérivés OTC non compensés, nouveaux et existants, pour les contreparties dont l’exposition est inférieure à €8 milliards.

L'Autorité bancaire européenne (EBA), l'Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOPA) et l'Autorité européenne des marchés financiers (ESMA), réunies sous le nom d'Autorités de surveillance européennes (ASE), ont publié un rapport final sur le projet de normes techniques réglementaires le 3 août 2026, proposant de modifier le règlement délégué (UE) 2016/2251 et d'étendre l'exemption de marge initiale aux contrats dérivés OTC non compensés, nouveaux et existants, pour les contreparties dont l'exposition est inférieure au seuil de €8 milliards.
Cadre actuel des exigences de marge bilatérale
En vertu du Règlement sur les infrastructures du marché européen (EMIR), les contreparties dont l'exposition est inférieure au seuil de €8 milliards sont déjà exemptées de l'échange de marge initiale sur les contrats OTC non compensés nouveaux. Cependant, ces mêmes contreparties doivent continuer à échanger la marge initiale sur les contrats existants, une distinction qui crée une charge réglementaire divisée. Le communiqué de presse de l'ESMA en date du 3 août 2026 confirme ce traitement différencié et indique que le cadre actuel « exempt[e] de l'échange de marge initiale pour les contrats dérivés OTC non compensés nouveaux mais continue[ ] d'échanger la marge initiale pour les contrats existants ».
Amendement proposé et son fonctionnement
Les projets d'amendement visent à simplifier le cadre de marge bilatérale en supprimant l'obligation d'échanger la marge initiale pour les deux types de contrats, nouveaux et existants, lorsqu'une contrepartie a une exposition inférieure à €8 milliards. Les ASE déclarent que la modification « simplifierait le cadre de marge bilatérale pour les contreparties soumises aux exigences de marge initiale et dont l'exposition est inférieure au seuil de €8 milliards pour l'échange de marge initiale prévu par l'EMIR ».
En pratique, l'exemption serait étendue de manière uniforme, éliminant l'asymétrie actuelle. Le tableau ci‑dessous résume le traitement dans le régime actuel et dans l'amendement proposé.
| Type de contrat | Cadre actuel | Amendement proposé |
|---|---|---|
| Contrats OTC non compensés nouveaux | Exempté de l'échange de marge initiale | L'exemption demeure |
| Contrats OTC non compensés existants | La marge initiale doit être échangée | Exempté de l'échange de marge initiale |
Source : communiqué de presse de l'ESMA, 3 août 2026.
Justifications et impact attendu
Les ASE justifient l'amendement sur trois bases. Premièrement, il simplifie le cadre de marge bilatérale, réduisant la complexité opérationnelle pour les acteurs du marché dont l'exposition est inférieure au seuil de €8 milliards. Deuxièmement, il aligne le traitement de l'UE avec d'autres juridictions qui appliquent déjà une exemption uniforme, point souligné dans le communiqué de presse comme « align[er] le traitement de l'UE avec d'autres juridictions ». Troisièmement, la modification répond aux demandes explicites des acteurs du marché souhaitant alléger la charge réglementaire, comme le rapport indique que les amendements « visent à réduire la charge réglementaire ».
Pour les petites banques, les compagnies d'assurance et les fonds de pension qui négocient des dérivés OTC non compensés, l'extension de l'exemption pourrait se traduire par des coûts de gestion de collatéral plus faibles et une réduction des exigences de marge à forte intensité de capital. En supprimant l'obligation de déposer une marge initiale sur les contrats hérités, les entreprises peuvent libérer de la liquidité qui serait autrement immobilisée en collatéral. Les ASE ne quantifient pas les économies potentielles, mais le raisonnement découle directement de la suppression d'une exigence de flux de trésorerie obligatoire.
Calendrier et étapes procédurales
Le rapport final a été soumis à la Commission européenne pour approbation le 3 août 2026. L'approbation de la Commission est une condition préalable à la force obligatoire des amendements. Le communiqué de presse de l'ESMA ne précise pas de date cible pour l'adoption, ni ne décrit le calendrier de mise en œuvre ultérieur. En conséquence, les acteurs du marché doivent attendre la décision de la Commission avant d'ajuster leurs processus d'échange de marge.
Questions ouvertes
Bien que la proposition précise le seuil et le périmètre de l'exemption, plusieurs détails restent en suspens. La date exacte d'entrée en vigueur de l'amendement, les dispositions transitoires pour les contrats existants et les éventuelles obligations de reporting pour les contreparties ne sont pas abordés dans le dossier actuel. De plus, l'impact sur les transactions transfrontalières impliquant des contreparties hors UE n'a pas été discuté.
Les analystes doivent donc suivre le calendrier d'approbation de la Commission européenne ainsi que les spécifications techniques complémentaires qui pourraient éclaircir ces points.
Conclusion
En résumé, les ASE ont présenté un amendement concret au règlement délégué (UE) 2016/2251 qui étendrait l'exemption de marge initiale de €8 milliards aux contrats dérivés OTC non compensés, nouveaux et existants. Cette mesure est présentée comme une simplification, un alignement avec les pratiques internationales et une réponse aux retours des acteurs du marché. Tant que la Commission européenne n'aura pas approuvé la proposition et publié des directives détaillées de mise en œuvre, la modification reste une proposition, mais elle indique un virage réglementaire clair visant à alléger la charge des contreparties en dessous du seuil.
